Culture et nouvelles technologies

Le monde de la culture se demande désormais comment satisfaire ces publics protéiformes, comment répondre à tous ces besoins (sans exploser les budgets évidemment). Faut-il inévitablement multiplier les propositions et les réponses ? Les publics culturels expriment des attentes qui ne cessent de se diversifier. La figure de l’esthète par exemple, ce visiteur qui attend des informations précises et fouillées, n’est plus aussi facilement identifiable : cet esthète peut aussi, selon le thème de la visite, le contexte, le moment de la journée, etc., vouloir une simple promenade dans un lieu historique, sans lecture.

Le rôle des nouvelles technologies

culture et nouvelles technologiesLe milieu de la culture devait d’abord s’emparer des nouvelles technologies pour dynamiser, voire moderniser son image : elle ne pouvait pas rester le seul secteur à ignorer ces outils. Et les nouvelles technologies sont en effet apparues comme une façon de développer des contenus plus ludiques. Les acteurs du milieu culturel et patrimonial ont même espéré qu’elles leur permettraient d’attirer de nouveaux publics.

Leur essor a d’abord été favorisé par une période d’expérimentation, financée par des budgets exceptionnels de soutien à l’innovation. Mais aujourd’hui, le contexte n’est plus aussi favorable et le développement d’applications spécifiques plus aussi facile. Par ailleurs, l’évolution très rapide des technologies, ainsi que des usages, combinée à la longueur des circuits décisionnels des collectivités qui peut conduire au fait qu’une technologie soit dépassée au moment de son installation, renforce la complexité du questionnement.

Le numérique et les nouvelles technologies n’apportent pas de réelle réponse à la fréquentation des sites culturels. Mais ils sont une occasion de se poser (ou se reposer) des questions. Ces outils constituent une forme au service d’un fond, c’est-à-dire d’un propos, d’un objectif, d’un contenu. Les mettre en oeuvre est une occasion de requestionner le but de l’institution culturelle qui souhaite les utiliser, de redéfinir clairement ses objectifs. La question de la méthode reste essentielle.

Culture et nouvelles technologies en Pays-de-Loire

FontevraudLe 21 mars 2014, la plateforme régionale d’innovation (PRI) innovation et design d’expériences de visite (IDEV) a été lancée. Au croisement de la culture, du tourisme et de la technologie, elle vise à faire le lien entre les acteurs institutionnels, les entreprises et les universités et écoles pour développer des offres de visites innovantes et si possible augmenter la fréquentation des sites.

Cette plateforme est pour le moment porté par l’abbaye de Fontevraud. Ce site historique exceptionnel se présente désormais comme une cité ouverte sur son territoire et sur le monde, pour inventer un lieu contemporain où se côtoient activités artistiques, économiques et résidentielles, dans une utilisation des lieux qui respecte l’histoire. La PRI IDEV porte un message qui s’insère parfaitement dans ce contexte : les nouvelles technologies ne doivent pas être présentes sur un site culturel pour elles-mêmes, mais bien pour servir une action, un message, dans une osmose avec les lieux qui les abritent.

La conquête de nouveaux publics en question

L’opposition entre les « puristes » culturels, qui voient d’un mauvais œil une fréquentation des lieux culturels qu’ils jugent inadéquate, et les acteurs culturels, sommés de développer les publics de leurs institutions, n’est pas résolue.

Abbaye-de-Fontevraud-ipad-image-3Si l’on prend l’exemple de l’abbaye de Fontevraud et de son jeu de piste à destination des enfants, le bilan n’est pas complètement positif. Le jeu repose sur l’utilisation d’un iPad que l’on peut louer à l’accueil ; le but est de repérer des personnages imaginaires cachés dans l’architecture pour inciter les enfants à mieux regarder les lieux. Mais alors que l’abbaye appelle, par son histoire, à une communication chuchotée et la déambulation contemplative, le monument peut soudainement se muer en cours d’école, en raison de la participation au jeu de piste, de l’exaltation qu’elle peut susciter, et de l’expression bruyante de celle-ci.

Nous souhaiterions aussi évoquer lanimation numérique Pupp’art proposée par le musée des Beaux-Arts d’Angers à l’occasion de la Nuit des musées le 17 mai 2014. Grâce à un détecteur Kinect, le visiteur disposé à jouer cette nuit-là, se muait en personnage de tableau, et sa gestuelle se transmettait à la peinture qui devenait ainsi vivante. L’ambiance musicale était résolument électro. Nous avons pu constater que l’attraction avait un certain succès, malgré les timidités qui empêchaient de se lancer sur la piste d’évolution. Si ce type d’animation permet de modifier l’image de l’institution, de décomplexer les visiteurs occasionnels des musées, la question de ce que le visiteur en retire, au-delà de la simple performance et de l’amusement, reste posée : en quoi l’installation participe-t-elle à une meilleure compréhension des œuvres ?

Il est possible que ce type de questions soit typiquement français. Une conférence autour de Wikimédia France et les musées est organisée au musée des Beaux-Arts d’Angers le 28 mai 2014. Le constat d’introduction est là : dans le domaine patrimonial, l’ouverture des musées aux ressources en France est plus timide qu’à l’étranger. L’approche française est-elle trop frileuse ? Trop « puriste » ?

L’interaction comme clé ?

On ne cesse d’entendre que la culture (au sens large du terme) doit trouver de nouveaux modèles économiques (voir le compte rendu des interventions faites à Toulon en 2013 évoquant des exemples en France et dans le monde). Nous pensons que dans le domaine patrimonial, ce sont de nouveaux modes d’interaction avec les publics qui sont à trouver ainsi que de nouveaux rapports institutions / équipements : une collectivité ne doit pas forcément inventer sa propre application.

Après la phase d’expérimentation, l’heure est à la capitalisation : le sujet a été analysé, des solutions ont été produites, avec des réussites et des échecs. Les institutions culturelles peuvent maintenant puiser dans un catalogue de produits numériques et technologiques à même de servir leurs ambitions. Encore faut-il que la feuille de route et les objectifs soient clairement définis, tant pour les élus que pour les techniciens.