Objets connectés : Angers à l’honneur

Angers a la part belle dans un des 34 « plans pour la nouvelle France industrielle » du ministère de l’Économie et du Redressement productif. La France veut devenir le leader mondial du secteur des objets connectés et pour cela une première « Cité » dédiée sera créée à Angers, lieu d’innovation industrielle dans le domaine. Mais qu’est-ce qui se cache vraiment derrière cette expression « objets connectés » ?Prévue dans le quartier d’Orgemont (sud d’Angers), la cité des objets connectés se déploiera sur le site de l’usine Valéo en cours de déménagement. Elle comptera 16 000 m², pour un investissement de 15 à 19 millions d’euros sur 3 ans. D’autres cités pourraient voir être créées dans d’autres villes par la suite.

Objets connectés : qu’est-ce que c’est ?

Lapalisse n’aurait pas trouvé mieux: il s’agit d’objets qui sont connectés.

Connectés, oui, mais à quoi ?

On pense souvent que les objets concernés doivent être connectés à Internet, et on a même inventé pour cela les termes d’Internet des objets (IDO) ou en anglais d’Internet of things (IOT). Pour certains, ils marquent même l’entrée dans une nouvelle ère, celle du web 3.0. Mais ces objets, s’ils sont de petites machines bourrées d’électroniques, ont forcément leurs limites technologiques (consommation, encombrement…) et économiques. Si connexion à Internet il y a, elle est donc le plus souvent indirecte, puisque qu’il serait illusoire d’imaginer équiper chaque objet d’une liaison 4G ou Wifi.

Nos objets connectés utilisent donc le plus souvent des technologies de consommation sans fil à courte distance : Bluetooth v4 dit « BLE » (Bluetooth Low Energy), IEEE 802.15.4 (surtout connu via un de ses avatars destinés à la création de réseaux maillés: le Zigbee), systèmes radios « simples » à 868MHz voire à 433 MHz, NFC pour des échanges occasionnels et sous le contrôle de l’utilisateur… Sans oublier les protocoles CPL légers (notamment le X10, largement utilisé aux USA depuis des décennies) qui permettent lorsque c’est nécessaire de s’affranchir des aléas de la communication sans fil.

La plupart des objets connectés qui font parler d’eux aujourd’hui (bracelets d’activités, pèse-personnes, stations-météo…) sont donc associés à une passerelle, qu’il s’agisse de votre tablette ou votre smartphone pour les objets en BLE, ou d’une box ou d’un routeur spécifique pour la plupart des autres technologies. C’est cette passerelle qui relie votre objet au fameux cloud, où seront généralement stockées ses données et les applications permettant de les exploiter.

Il existe aussi pour les applications industrielles le réseau Sigfox qui permet les communications à très grande distance avec une faible consommation et pour un coût modique (mais au prix d’un débit bien plus faible que pour les technologies 4G et même 3G et 2G). Les champs d’applications sont immenses : supervision de réseaux de transports, télé-relevé de compteurs, surveillance et aide à domicile, « ville intelligente »…

Même si c’est à travers de passerelles et via des canaux au débit bien plus faibles que ceux dont les informaticiens ont jusque là l’habitude, Internet se déploie donc bel et bien dans le monde physique. Au-delà des seuls ordinateurs, tablettes ou smartphones, ce sont tous les objets de notre quotidien qui peuvent désormais envoyer leurs données enrichir notre big data plus ou moins personnel, et recevoir en retour des ordres ou des informations.

Pourquoi on en parle plus maintenant ?

Les objets connectés, ce n’est pas nouveau. On considère généralement que le premier objet connecté à Internet est la lampe DAL, lancée en 2003 par la société Violet. Elle proposait déjà des services comme la météo, la bourse, la pollution, etc. Ensuite, en 2005, la même société lança le lapin Nabaztag au design si connu, aujourd’hui commercialisé sous le nom de Karotz, qui pouvait lire des mails à haute voix. Alors, quoi de neuf ?

Indicateur précieux de la perspective du marché : Google s’intéresse au sujet. En effet, à la mi-janvier 2014, Google annonçait le rachat de la très jeune entreprise Nest, fabricant d’objets connectés, pour 2,3 milliards d’euros, sa 2e plus grosse dépense depuis son existence. Or, au moment de ce rachat, Nest n’était qu’une petite startup dont le catalogue se limitait à deux produits : un détecteur de monoxyde de carbone, et surtout un thermostat directement relié à Internet (via Wifi cette fois-ci). Après ce rachat, Google développe la gamme Nest en rachetant un fabricant de caméras connectées (qu’on n’ose déjà plus appeler simplement « webcam ») et en proposant la fourniture d’un kit de développement permettant aux sociétés tierces de créer rapidement des solutions domotiques complémentaires au thermostat.

C’est donc un nouvel écosystème qui vient ringardiser extrêmement rapidement les systèmes domotiques qui ne sont jamais parvenu à se créer un marché depuis le milieu des années 1990, sans doute à  cause d’une grande complexité technique (qui les réservait aux vrais geeks) mais aussi faute d’un modèle économique convaincant.

Mais à la différence de ce qui se passait il y a 10 ans, le business model et donc la valeur ajoutée de ces objets est désormais claire : ce n’est pas tant la commercialisation d’objets et la diversification de ses activités qui ont motivé le rachat de Nest que l’ambition de collecter toujours plus de données sur ses utilisateurs. Quoi que l’on puisse lire dans les politiques de licences et les messages bienveillants concernant le respect de la vie privée des usagers, il faut tout de même garder à l’esprit que quand vous croyez « acheter » un tel produit, c’est d’abord Google qui se construit une grande baie vitrée avec vue dans votre maison ou appartement.

Source : http://www.webmarketing-com.com/2014/03/11/26494-objets-connectes-de-nouveaux-enjeux

Source : http://www.webmarketing-com.com/2014/03/11/26494-objets-connectes-de-nouveaux-enjeux

Pourquoi Angers ?

Parce que la ville d’Angers, et le Grand Ouest plus largement, comptent en effet nombre d’institutions et d’entreprises de pointe dans le domaine de l’électronique. Les régions Pays de la Loire, Bretagne et Centre totalisent près de 50 000 emplois de la filière électronique professionnelle, soit 25 % des emplois du secteur à l’échelle nationale. 700 entreprises sont présentes dans le département du Maine-et-LoireL’initiative de la Cité a été, entre autres personnes, celle de Thierry Sachot, directeur général d’Éolane. Il a contacté des entreprises locales de pointe technologique pour envisager des soutiens au projet parmi lesquelles SLTS (Saint-Lambert-La-Potherie), Ouest décolletage (Chemillé), ou Commeca (Beaucouzé).

Le réseau de la filière électronique du territoire angevin est complété par une école d’ingénieurs et une association. Il s’agit d’abord de l’ESEO (à l’origine École supérieure d’électronique de l’Ouest), créée en 1956. En 2006, elle a créé deux sites à Paris et Shangaï, et en 2008, un à Dijon. Et il s’agit ensuite de l’association We Network (West Electronic Network), née début 2014 de la fusion entre LEA Valley (association créée en 2008 pour mutualiser les forces des entreprises ligériennes de la filière électronique) et du centre de transfert technologique Astinov. L’association vise à favoriser la rencontre de tous les acteurs de l’électronique professionnelle en vue de faire rayonner ce savoir-faire français depuis Angers, et de conquérir de nouveaux marchés en Europe.

Et concrètement ?

L’installation de la Cité est espérée pour le dernier trimestre 2014. La perspective visée est que cette Cité, dont les contours ressemblent finalement beaucoup à une pépinière d’entreprises, soit rentable par la commercialisation de produits. 3 étapes sont identifiées pour y parvenir : la mise à disposition d’un « Fab Lab » aux porteurs de projets pour qu’ils trouvent les moyens matériels et humains nécessaires, puis l’accompagnement à l’innovation industrielle avant d’envisager l’industrialisation du produit.

En attendant cette Cité, les entreprises françaises intéressées par le marché des objets connectés doivent bien sûr continuer à travailler. Si elles présentent une longueur d’avance par leur maîtrise de la technologie, du design et de l’ergonomie, le secteur est très concurrentiel. Les menaces les plus proches viennent de l’Amérique et d’Israël, suivis de près par la Chine et la Corée.