La programmation informatique dès le plus jeune âge ?

Notre époque est formelle : il faut innover ! Dans tous les domaines et à tous les niveaux : produits, services, procédé, organisation, marketing… Il y a un an, en 2013, un rapport ministériel a été publié. Intitulé L’innovation, un enjeu majeur pour la France. Dynamiser la croissance des entreprises innovante, il était signé par Jean-Luc Beylat et Pierre Tambourin. Pour y accéder, cliquer ici. Le rapport met en confiance dès le départ : il fait preuve de bon sens en insistant dès la page 5 sur le fait qu’ « il ne s’agit pas de dépenser plus d’argent public pour l’innovation, mais de le dépenser autrement et de manière plus efficace ». J’ai trouvé intéressant que le Geek angevin relaie la première recommandation de ce rapport : réviser les méthodes pédagogiques de l’enseignement primaire et secondaire pour développer les initiatives innovantes, et propose un petit commentaire.

Le rapport français à la créativité

Le rapport met en avant qu’en France, le rapport à la créativité est plutôt négatif : les Français sont les habitants des pays développés qui pensent le moins qu’être créatif peut apporter de la valeur à leur société : 53 % y croient contre 76 % des américains par exemple. Et les enseignants en doutent également : la France est avant-dernière parmi les 27 pays de l’Union européenne lorsqu’on leur demande s’ils pensent que le développement de la créativité des élèves joue un rôle important dans les programmes scolaires : seuls un peu plus de 30 % acquiescent.

Octave Klaba, le bouillonnant directeur d’OVH, notre champion français de l’hébergement et du cloud, s’échauffe régulièrement sur Twitter contre la difficulté à recruter des profils créatifs et innovants, des « talents » qui s’écartent du modèle standard produit à grande échelle par les universités et les écoles. Rappelons également les reproches de certains membres du jury du concours de l’ENA en 2011 quant au conformisme des candidats (voir un exemple ici). Malgré ces protestation, les lignes bougent-elles ?

Le rapport pointe que les méthodes pédagogiques doivent valoriser la prise de risque et d’initiatives, notamment au travers de démarches projet, seul et en groupe, et de démarches expérimentales. La participation à la vie associative apparaît comme un élément majeur, élément qui dépasse en fait largement la seule problématique de l’innovation et de l’esprit d’entreprise, pour toucher notamment aux questions de vivre-ensemble de notre société. Plus surprenant (pour moi en tout cas), on apprend que l’apprentissage de la programmation informatique est reconnu au niveau international comme un outil essentiel pour le développement de l’esprit entrepreneurial.

Source : http://www.numerama.com/magazine/23615-des-cours-de-programmation-obligatoires-a-l-ecole-en-estonie.html

Source : http://www.numerama.com/magazine/23615-des-cours-de-programmation-obligatoires-a-l-ecole-en-estonie.html

L’apprentissage de la programmation informatique en primaire

Depuis plusieurs années, En France, l’informatique est présente à l’école et au collège, mais uniquement à travers ses usages : l’Éducation nationale ne voit le numérique que comme un outil au service des apprentissages. Cette vision semble évidemment restrictive. En 2014, les programmes de l’école primaire sont en cours de refonte. À cette occasion, quelques personnes ont rédigé une proposition d’orientations générales pour un programme d’informatique à l’école primaire.

Le rapport sur l’innovation rapporte l’expérience américaine autour de Scratch, langage informatique utilisé par plus de 3 millions de projets dans le monde et développé par le groupe « Lifelong Kindergarten » (« La maternelle tout au long de la vie ») au MIT MediaLab. Scratch est destiné à l’apprentissage ludique de l’informatique à partir de 8 ans. Scratch permet par exemple de créer des dessins animés de manière très simple et de modifier le code du programme en cours d’exécution. Le code apparaît pour l’enfant sous forme de briques de couleurs.

En 2012, en Estonie, la Fondation Tiger Leap a lancé l’initiative pilote ProgreTiiger pour tester la pertinence d’un apprentissage obligatoire de langages de programmation dès l’école primaire.

D’autres exemples en Grande-Bretagne et quelques-uns en France ici.

Des formes d’intelligence variées à la quantité des apprentissages fondamentaux

En avril 2014, une émission de France Culture posait la question de la mesure de l’intelligence (pour l’écouter, cliquer ici). L’intérêt de cette émission réside essentiellement dans le témoignage d’une professeur d’anglais qui explique les pistes explorées pour débloquer certains élèves rétifs à l’apprentissage de l’anglais. Ce témoignage permet de comprendre de façon très concrète les différentes mécanismes qui sont à l’oeuvre chez chacun de nous, de manière très variée, pour appréhender le monde extérieur.

En France, l’éducation de nos enfants est beaucoup et constamment questionnée, tant dans sa forme que dans ses contenus, sans qu’on ait l’impression que les lignes bougent réellement là encore. La question des apprentissages fondamentaux est récurrente, auxquels, aux yeux de beaucoup, le sport ou les arts plastiques n’appartiennent pas.

Faut-il désormais considérer que la programmation informatique doit rejoindre la liste des savoirs fondamentaux ? Cet enseignement est-il adapté à tous ? Ne risque-t-il pas de fabriquer de nouveaux clivages, voire de nouveaux formatages des jeunes esprits ? Si l’intégration de la programmation informatique à l’école primaire peut être questionnée, il faut en tout cas sans doute éviter de la présenter comme une solution miracle.

En Maine-et-Loire ?

À notre connaissance et à ce jour, aucune initiative de ce genre n’émerge en Maine-et-Loire. Relevons toutefois une action récurrente de l’ISTIA d’Angers qui s’en rapproche un peu. En partenariat avec l’association Terre des Sciences, l’école d’ingénieurs intervient sur l’opération Trophées de la Robotique organisée par les Francas. Des ateliers-découverte des principales technologies enseignées dans l’école d’ingénieurs sont ainsi proposés. Pour en savoir plus, cliquez ici.